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[Entretien] Hassan Sentissi, le Président de l’Asmex, démystifie la ZLECAF

La ZLECAF ouvre depuis ce 1er janvier 2021 un marché unique de 1,2 milliard de consommateurs actuellement et de près de 2,5 milliards en 2050, qui est en phase de faire converger sa réglementation liée à la mobilité des biens et marchandises et démanteler les barrières tarifaires.

Source : ECOACTU.MA

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Une réelle opportunité économique pour le continent et les membres de la ZELCAF. Mais des questions demeurent en suspens : comment les entreprises marocaines peuvent-elle réellement en profiter ? Quels secteurs sont-ils prêts immédiatement pour saisir ces opportunités ? Et surtout comment se prémunir face aux risques inhérents aux échanges commerciaux ?

Des questions auxquelles Hassan Sentissi El Idrissi, le président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) apporte des réponses.

EcoActu.ma : Quel cadre de concertation existe-il entre les autorités publiques et le secteur exportateur privé en amont mais également depuis la mise en œuvre de la ZLECAF à partir de ce 1er janvier 2021 ?

Hassan Sentissi El Idrissi : Le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Economie Verte et Numérique avait mandaté, il y a 2 ans déjà, un cabinet privé pour organiser des réunions avec l’ensemble des fédérations et associations afin de les sensibiliser sur l’importance de la mise en place de cette zone de libre-échange.

Plusieurs réunions se sont déroulées au siège de l’ASMEX qui a mobilisé, dans ce cadre, plusieurs opérateurs économiques pour participer aux discussions qui avaient été lancées pour arrêter les projets de listes de concessions qui devraient être proposées par les négociateurs marocains.

Réellement qu’est ce qui change avec la ZLECAF, le continent étant un espace hétérogène et fragmenté ?

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) représente une véritable occasion de stimuler la croissance, de réduire la pauvreté et d’élargir l’inclusion économique dans les pays concernés.

Sa mise en œuvre permettrait de sortir 30 millions d’Africains de l’extrême pauvreté et d’augmenter les revenus de près de 68 millions d’autres personnes qui vivent avec moins de 5,50 dollars par jour ainsi que d’augmenter les revenus de l’Afrique de 450 milliards de dollars d’ici à 2035 (soit une progression de 7 %) tout en ajoutant 76 milliards de dollars aux revenus du reste du monde.

La création d’un marché unique à l’échelle du continent pour les biens et les services, les affaires et les investissements restructurera les économies africaines.

La convergence réglementaire est-elle effective entre les pays concernés par cet espace de libre échange ?

La création d’un marché à l’échelle du continent exigera une action volontariste pour réduire tous les obstacles et freins de natures différentes. Il faudra pour cela adopter des lois et réglementations permettant aux marchandises, aux capitaux et aux informations de traverser librement les frontières, de créer un environnement commercial compétitif à même de stimuler la productivité et l’investissement.

L’accord réduira les droits de douane entre les pays membres et traitera d’aspects de politique générale liés notamment à la facilitation des échanges et aux services, tout en englobant des dispositions réglementaires telles que les normes sanitaires et les barrières techniques au commerce.

Quid du démantèlement tarifaire ?

Selon les informations dont nous disposons les États parties élimineront progressivement les droits à l’importation ou les taxes à effet équivalent sur les produits originaires du territoire d’un autre État partie, conformément à leurs listes de concessions tarifaires.

L’ambition de l’accord a été arrêtée à 90% des lignes tarifaires. Sur les 10% restants, 3% seront exclus et 7% soumis à démantèlement différencié. Plusieurs scénarii sont en cours d’études pour le démantèlement tarifaire.

La ZLECAF permettrait également d’accroître de 560 milliards de dollars les exportations africaines, essentiellement dans le secteur manufacturier. Quelles sont les activités qui peuvent profiter immédiatement de la ZLECAF tout en ayant un effet d’entraînement pour d’autres entreprises marocaines ?

L’Afrique a tout à gagner avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). L’accord commercial pourrait accroître le revenu régional de 7%, à 450 milliards de dollars d’ici 2035.

Si elle est pleinement mise en œuvre, la ZLECAf permettrait de réorganiser les marchés et les économies de la région et de stimuler la production dans les secteurs des services, de l’industrie manufacturière et des ressources naturelles.

La ZLECAf stimulerait également de manière significative le commerce africain, en particulier les échanges intrarégionaux dans le secteur manufacturier.

Les exportations intracontinentales augmenteraient de 81%, tandis que la progression vers les pays non africains serait de 19%. Malgré ces évolutions, le commerce intra-africain ne représenterait que 20% des échanges totaux du continent à l’horizon 2035.

Certains experts estiment que le Maroc peut capter jusqu’à 50 milliards de dollars de cette nouvelle dynamique de commerce interafricain. Cela vous semble-t-il réaliste, le tissu économique étant essentiellement composé de PME, surtout que les structures marocaines seront au coude-à-coude avec des multinationales ?

Le Maroc serait dans le Top 10 des pays bénéficiaires (9e), avec une hausse prévue de 8% de ses revenus. C’est ce qui ressort d’un nouveau rapport de la Banque mondiale.

Selon ce document de plus de 130 pages, publié en anglais, les mesures de réduction des freins bureaucratiques et de simplification des procédures douanières au sein de la ZLECAf devraient être à l’origine de la plus grande part de la hausse des revenus.

Dans ce sillage, comment le plan de relance industrielle pourrait-il contribuer au renforcement de l’offre marocaine ?

Il est évident que si on arrive avec des produits à très forte valeur ajoutée on pourrait gagner plus de parts de marchés devant plusieurs concurrents, de taille similaire ou des grands pays, qui se précipitent pour se positionner sur les marchés africains.

D’autres mesures doivent-elles être également imaginées pour tirer pleinement profit de la ZLECAF ?

Sur les 450 milliards de dollars de revenus supplémentaires générés par la ZLECAf, 292 milliards proviendraient du renforcement des mesures de facilitation des échanges qui visent à lever les freins bureaucratiques et à simplifier les procédures douanières.

Certes, la libéralisation des tarifs douaniers est importante, mais à elle seule, elle n’augmenterait les revenus du continent que de 0,2 % ; si elle s’accompagne de mesures facilitant les échanges, notamment pour réduire les formalités administratives, simplifier les procédures douanières et favoriser l’intégration des entreprises africaines dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, les gains de revenus atteindraient 292 milliards de dollars ; ces améliorations nécessiteront des efforts importants de la part des pays afin d’atténuer la charge qui pèse sur les entreprises et les commerçants pour franchir les frontières rapidement, en toute sécurité et avec un minimum d’interférence de la part des fonctionnaires.

Dans le même ordre d’idées, quel accompagnement est-il prévu pour les entreprises marocaines intéressées par les opportunités que peut offrir la ZLECAF ?

L’ASMEX compte jouer un rôle primordial dans l’application de cet accord ainsi que l’accompagnement des entreprises exportatrices et ce à travers sa commission Afrique et ses multiples actions tel que les conventions signées avec les chambres de commerce africaines et institutions patronales, la recherche de financements pour l’investissement et le développement des industries exportatrices marocaines ou encore l’appui aux industries exportatrices innovantes et différenciées : NTIC, Energies propres…

L’ASMEX ambitionne d’agir pleinement dans le cadre de la volonté royale d’un développement multidimensionnel économique et social centré sur l’humain et l’esprit gagnant/ gagnant.

Qu’en est-il de la sensibilisation aux risques inhérents au commerce sur le continent, notamment l’importance de recourir à des couvertures comme l’assurance-crédit ?

Les mutations qui interviennent à tout moment dans tous les marchés du monde incitent à mettre en place des couvertures de plus en plus fortes pour éviter les risques quelle que soit leur nature.

Il est donc urgent d’inculquer la culture de l’assurance auprès des opérateurs économiques orientés notamment vers l’international et de mettre en place des couvertures et des assurances qui répondent à leurs attentes pour faire face aux risques éventuels.

Nous incitons dans ce cadre :

Les opérateurs économiques marocains et aussi des autres pays d’Afrique à s’armer par des couvertures et des assurances pour éviter des risques inhérents à leurs échanges commerciaux.

Les assureurs à mettre en place des couvertures adaptées au contexte de chaque marché avec des accès plus souples en faveur des opérateurs économiques.

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